Rapport Streaming : La Bas…

 

105bCela va en étonner certains, mais je vais défendre (sauce piquante) le « rapport sur les moyens de lutte contre le streaming et le téléchargement direct illicites ». Les plus étonnés seront certainement ceux qui travaillent avec moi, car il n’est aucunement secret que j’ai fait sa fête à ce rapport jusqu’au début de l’année. Quand je dis « faire sa fête », c’était à coup de missiles « patriot »… jusqu’à cette discussion avec MIQ qui m’a expliqué qu’il s’agissait simplement de lister des processus juridiques et aucunement de préconiser des solutions techniques. La meilleure des preuves est qu’il n’y a pas d’annexe technique à ce rapport.

 

 

Alors vous allez me dire : il est question quand même de demander aux OS de filtrer.
L’ingénieur que je suis vous le dira : face à un problème complexe, lors de l’analyse des outils pour résoudre ce dernier, il est indispensable de ne se fermer aucune porte.
Il faut échapper les contraintes techniques, financières, il faut lister toutes les briques à disposition. C’est dans un second temps, que ce rapport n’aborde pas n’étant que juridique, que les « contextes »( technique, financier, etc.) seront à prendre en compte. Alors oui, la phrase abordant le filtrage au niveau de l’OS est aberrante à première vue (et le serait dans son application aux contextes), mais d’un point de vue purement  technique, elle est juste. Je vous demande toutes les actions réalisées par un navigateur pour afficher le contenu d’une page web. Je vous passe l’ouverture des sockets & co …  mais penser donc  à comment est réalisée la résolution DNS … qu’un processus juridique cible les concepteurs d’OS est donc logique dans un premier temps, même si il est irréalisable et devrait être écarté par la suite.

 

L’Hadopi a d’ailleurs déjà répondu sur les questions du filtrage (cf. Livre Vert). Après quand vous avez eu une commande d’un rapport, vous y répondez. La demande étant ultra spécifique, MIQ a fait une réponse ultra spécifique : une liste non exhaustive mais assez complète de toutes les propositions de processus juridique pouvant être étudiées. Si le législateur voulait piocher dedans, il y aura des personnes à la fois à l’Hadopi & à l’extérieur pour lui expliquer les contraintes techniques, financières, territoriales liées à chacune. La commande était un rapport, et non « la bible » des solutions de lutte contre le streaming et le téléchargement direct illicites, il est donc logique qu’il soit concis et ne fasse pas 4000 pages.

J’en vois au fond d’Internet qui commence à hurler que j’ai changé, que j’ai été endoctriné. Je répondrais simplement « non », mais que pour avancer, innover, il faut dialoguer, discuter, accepter de voir certaines propositions aberrantes …  c’est en étant capable d’oser le changement d’angle de vue, que de nouvelles solutions apparaissent … combien d’inventions l’ont été suite à une erreur ou une aberration ? L’Humain a le don de toujours vouloir contourner les obstacles, et c’est ainsi qu’il se réinvente.  Alors oui ce rapport est loin d’être parfait mais aucun ne l’aurait jamais été de toute facon. Il est le travail d’énormément de personnes, de collègues et même un peu de moi (indice : j’adore squatter la dernière page). Il apporte  des pistes, des ouvertures d’esprit, des idées …

Alors oui, j’aurais préféré qu’il s’appelle « rapport sur les moyens de lutte contre la diffusion en flux … »Non, non, je ne pète pas un câble, mais dans cette notion de diffusion en flux, il y a cette idée de mouvance, ce côté insaisissable, ce côté océan d’Internet avec ses gulfstreams, ses courants profonds, ses tsunamis, ses el niño el mega etc … (vous avez vu, j’arrive à défendre le rapport streaming et même à voir une utilité à France Terme).
Alors oui, c’est bien de solutionner les symptômes, mais le principal sera d’aider l’offre légale et non pas seulement de pouvoir l’encourager. Ce n’est pas le boulot de l’Hadopi et plus  celui  de la mission Lescure, mais qu’est-ce que la chronologie des médias, par exemple fait mal à l’offre légale…   36 mois pour avoir un film alors qu’il est déjà dispo ailleurs (où les films qui disparaisent du catalogue…), le consommateur se tourne naturellement vers le service qui lui offre ce qu’il recherche.
Alors oui le rapport parle de MTI avec Content-Id de Google, Signature de l’Ina … et tous les autres produits des Audible Magic & Consors … fingerprinting, watermaking etc … sauf que cela serait bien que l’Hadopi qui est régulatrice sans pouvoir puisse vérifier l’efficacité, la pertinence de ces systèmes. Je rêve que le législateur ou le gouvernement commande à l’Hadopi un rapport sur les outils juridiques nécessaires au régulateur pour faire son travail. Le régulateur  à pouvoirs me semble d’autant plus nécessaire, lorsque des processus juridiques parlent de ces technos pour les notice & take (stay) down. Quelle est leur efficacité ? Quel est leur cout ?
Pour revenir au Notice & Stay down … je vois déjà plein de moyens de le contourner que ce soit pour les fichiers (très simple) que pour la diffusion en flux. Je vois déjà le type  qui créera un système qui code une vidéo dans un format vidéo mais illisible qui sera déchiffré à la volée par  un plugin du navigateur lors que vous visionnez la vidéo sur Youtube ou dailymotion…

Alors oui, j’aimerais déjà être dans une phase 2 qui ferait des propositions de mise en perspective de ces différents processus juridiques avec les contextes. Oui, je verrais bien une Hadopi être le point d’entrée principal des notifications pour aussi bien contrôler les abus potentiels des ayants droit, donner un moyen de recours aux plateformes, aux utilisateurs, produire des statistiques qui serait comparable avec le Transparency Report … car quoiqu’on en dise, j’ai plus confiance en une institution publique que certaines structures pratiquant un suivi régulier et systématique de l’activité des utilisateurs.

Mais ce n’était pas le but de ce rapport. Ce rapport était une commande particulière qui aura eu sa réponse. Maintenant, continuons d’avancer, occupons-nous des MTP/MTI, occupons-nous de l’offre légale … :)

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Music video by Jean-Jacques Goldman performing Là-Bas. (C) 1987 Sony Music Entertainment (France) S.A.
Non disponible sur Spotify, Deezer (en France …)